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Jamais justifier l’injustifiable

Une de mes connaissances Facebook a commenté mon post relatif à l’attentat de Barcelone, en rejetant la faute sur les grandes puissances. Ca a choqué certains de mes amis. Moi aussi. Je lui réponds ici, sans chercher à polémiquer, mais en ne taisant pas ma conscience.

Lettre à Didier

Tes propos, Didier, sont à mes yeux difficilement défendables, voire acceptables. Pire : ils me semblent dangereux.
On peut critiquer « le système », et tu sais qu’en grande partie toi et moi sommes d’accord pour déplorer combien la gouvernance actuelle est loin de suivre la bonne voie, tant sur le plan des politiques nationales et des relations internationales que sur celui de l’éthique et de la proximité avec la réalité vécue par les citoyens. Mais on peut avoir deux combats : celui-là, et la lutte viscérale et sans concession contre toute forme de terrorisme. Contre toute manière, en fait, de faire justice soi-même par la violence.
Mêler les deux, comme tu le fais, en déclarant que le second n’est que la conséquence du premier est totalement contestable.

D’une part, c’est considérer que la conscience et la morale ne peuvent exister par elles-mêmes, mais qu’elles ne sont commandées que par le pouvoir dominant. C’était comme ça en URSS, ce l’est en Corée du Nord, où l’on « éduque » le peuple. Ça n’est pas comme ça, et c’est heureux, dans un système démocratique, « le pire des systèmes, à l’exception de tous les autres », disait Churchill. Oui les terroristes islamistes et les suprémacistes blancs sont de fieffés et bien méchants connards. Les premiers sont inspirés par un discours de haine qui prend ses sources dans une forme exacerbée d’obscurantisme unilatéral. Quant aux seconds, les suprémacistes blancs, ce sont des ringards et des réacs, boostés par leur nostalgie d’une pureté ethnique tout aussi binaire que les croyances idiotes que les premiers ont d’un paradis exclusivement réservé à leurs coreligionnaires. Au nom de ces idéologies néfastes et nuisibles, la haine et la méchanceté des deux sont des tumeurs à éradiquer. Et ce sans attendre une amélioration du système démocratique.

D’autre part, à force de lier les deux dans l’aveuglement auquel te mène ton premier combat antisystème, tu en arrives à justifier le terrorisme. Et donc, vu que ce dernier nourrit ta thèse, à en faire l’apologie. C’est cela qui est à mes yeux éminemment dangereux. Inadmissible.

Enfin, dans ta censure systématique des émotions lors de chaque attentat et ton obsession à vouloir convaincre chacun que c’est si pas mérité en tout cas logique, tu sembles préconiser une société déshumanisée. Les émotions sont le propre de l’Homme. Laissons-nous cet avantage sur les machines, les robots, les ordinateurs. La tristesse et la compassion à l’égard des victimes et de leurs proches un soir d’attentat sont légitimes, laisse-nous cela. L’analyse vient après.
Et même après, j’ai envie de dire à toutes ces victimes d’une violence aveugle de par le monde, toutes, que ce qu’elles ont vécu est profondément injuste, inacceptable. Et que si oui je pleure avec elles, c’est dans l’espoir, un peu vain certes, que ça n’arrive plus jamais. Mais que, pour cela et pour faire en sorte que cet espoir soit le moins vain possible, je m’engage, en tant que citoyen, à ne jamais jamais justifier en quoi que ce soit aucune forme de terrorisme.

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