Freddy, prof, ami, maître

Posté le 15 avril 2020 dans Non classé

Freddy Laurent vient de mourir dans sa 86ème année. C’était quelqu’un !

Mon prof de littérature à l’Ihecs dans les années 70 en était devenu le directeur, transformant cette petite école tournaisienne en une école de référence incontournable à Bruxelles. Un personnage au charisme saisissant, qui conjuguait ses énormes exigences intellectuelles avec une bienvaillance démesurée. Une verve époustouflante, avec une gentille ironie et une poésie permanentes dans les mots. Une liberté constante dans le propos. Il n’avait pas eu d’enfants et avait en quelque sorte noué une relation paternelle avec ses étudiants. Nous étions sa famille. Il nous donnait du « Frère », même en classe.
Je l’ai connu prof, pas directeur. Quelques années après Mai-68. Une époque révolutionnaire. La libération sexuelle, mais aussi pédagogique, culturelle. Il a sans doute été mon premier prof à se faire tutoyer, à passer des soirées avec nous. Et même à cohabiter. L’amour de sa vie fut un de mes camarades de classe, Bruno. Bruno, l’éternel souriant généreux qui mourra nettement trop jeune il y a bien longtemps déjà. Une mort dont Freddy ne se consolera jamais.

Prof d’écriture, il aura certainement été « le » prof qui m’aura le plus marqué. A l’époque le titre de « maitre » était obsolète, rangé dans les armoires qui sentaient les restes de craie sur le cache-poussière. Mais aujourd’hui, lorsque mes doigts jubilent en passant d’une touche à l’autre, je pense souvent à lui. Mon maître donc.

Un jour, j’eus la belle surprise de découvrir un commentaire à mon blog. C’était en novembre 2008. J’avais écrit un billet sur le tutoiement, mettant en évidence ma conviction que le vouvoiement était voué à disparaître. Ce commentaire était signé d’un certain Ephrem. Je ne connaissais pas. Mais il ne m’aura fallu que deux lignes pour découvrir qu’il s’agissait de lui.
Si longtemps après, j’étais lu par mon maître. Quel honneur !
Par la suite, nous aurons eu encore quelques échanges, sur la vie, la mort, Bruno. Des échanges émouvants, dont je regrette aujourd’hui qu’ils n’aient pas été poursuivis.

Alors, hier, lorsque j’ai appris sa mort, avec une infinie tristesse, j’ai été nous relire. Et oui, en quelque sorte, nous nous étions dit, dans ces échanges pudiques et vouvoyés, que nous nous aimions.

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