Myriam est une Juste !

Ce jeudi débutait le procès des hébergeurs de migrants. Des hommes et des femmes qui sont accusés de trafic d’êtres humains. Une accusation des plus honteuses, dignes de ce que l’on pouvait réprouver aux siècles précédents. Trafic d’êtres humains !

Parmi les prévenus, une amie. Myriam Berghe, journaliste chez Femmes d’Aujourd’hui.
Je connais bien Myriam. Et j’ai assisté d’assez près à l’éclosion de son extrême compassion pour les migrants de Calais. C’était plus fort qu’elle. Ces gens étaient dans la merde, vivaient dans la merde. Ils souffraient et en même temps, animés par leur résolution légitime à se construire un futur meilleur ailleurs, gardaient leur optimisme, leur humanité. Leur solidarité. Mais aussi leur résignation. Ils savaient que leur vie ne tenait, parfois, souvent, qu’à un fil. Myriam a pris cela en pleine gueule lors de son premier contact avec la Jungle. Elle ne les a plus quittés, ces migrants. Ses migrants.

J’ai surtout connu Myriam lors d’un voyage professionnel au Laos, il y a trois ans. Eh bien, elle était disons… insuportable, tant elle restait connectée au sort de ses protégés. A 9.000 km et pas mal de fuseaux horaires de là. Elle devait skyper, envoyer des messages, en recevoir. Un enfant malade, un arrivage de vêtements ou de chaussures, de vivres. Elle avait tant à faire avec l’hiver qui arrivait.
Depuis, je la croise de temps en temps dans le tram ou le métro. Elle me parle de son boulot et des risques qui lui pèsent dessus. Le journalisme ne se porte pas bien en ce moment. Je m’inquiète dès lors de son avenir, mais elle hausse les épaules, avec un grand sourire. Comme si elle avait été junglisée. Demain est un autre jour, battons-nous pour qu’aujourd’hui se passe bien. Mais tes moyens de subsistance ? lui demandé-je. Le même sourire montrait qu’elle n’avait pas de réponse. Mais qu’en même temps, lorsqu’on n’a plus d’argent, au moins on ne peut plus en perdre…

Une réflexion que doivent avoir bon nombre de migrants au quotidien. Certains de ces migrants qu’elle a eu le courage d’accueillir dans son trois-pièces minuscule, amputant pas mal son confort de vie.

Ce qui est sûr à mes yeux, c’est que Myriam n’est pas vénale pour un sou. Ni pour un kopeck, un dirham ou un rial. Son moteur, c’est l’humanité, le « peux pas faire autrement ». Alors, qu’on la soupçonne de trafic d’êtres humains est tout simplement inique. La honte n’est pas ce qu’elle a fait, oh non. L’ignominie est du côté des accusateurs, qui viennent d’inventer le délit de solidarité. Regarder sans toucher, c’est cela que ça signifie. Nous sommes nombreux en effet à nous émouvoir devant ces images de bateaux à la dérive en Méditerranée, de ces gens qui crèvent de soif, de peur et de faim. De ces corps d’enfant sur les plages. Oui ça nous touche. Mais que fait-on ?

Myriam est de celles qui font. Qui mettent la main à la pâte, dans le cambouis. Qui osent. Par simple humanité, oui oui, par simple humanité.
C’est cela peut-être qui est difficile à comprendre pour certains. Que des êtres humains aident d’autres êtres humains qui en ont besoin. Ce procès est-il simplement un procès politique ? Ou aussi celui de la bêtise égoïste ? Je ne sais pas.

Ce que je sais, c’est que j’admire Myriam. Elle est vraiment une Juste.