On n’a pas de pétrole mais des procédures !

Posté le 6 septembre 2015 dans Divers

Octobre 2008. Devant un parterre de personnalités africaines et européennes, s’inaugure à Bamako la concrétisation d’une idée drôlement pertinente de Louis Michel, alors commissaire européen à l’aide humanitaire : le CIGEM, pour Centre d’Information et de Gestion des Migrations. Alors que les flux migratoires vers l’Europe ne tarissent pas, l’idée est toute simple : privilégier la prévention à la répression. Ce faisant, aussi, prévenir de nombreux drames humanitaires. Des familles vendent en effet leur maison, pour en confier l’argent à un jeune fils qui risque de terminer sa vie au milieu du Sahara ou au fond de la Méditerranée. Horrible. Et l’argent de plusieurs générations termine avec les poissons ou dans la poche de passeurs véreux. Inacceptable.

Dès lors le Cigem.
Projet-pilote, celui-ci proposait différents services. De l’information, concrète et factuelle, à même de relativiser le côté Eldorado que pouvait représenter l’Europe auprès de tant de candidats à l’exil. Dissuader donc au maximum les gens de s’engager dans une aventure qu’ils ne maîtrisent pas et qui reste terriblement aléatoire. Mais aussi des conseils et des processus pour intensifier le développement local. Avec l’aide notamment de la diaspora malienne en Europe. Inciter celle-ci à investir dans son pays d’origine plutôt que d’attirer ses amis dans son pays d’adoption.

L’idée est simple et de bon sens. Pour tout dire : excellente.
Le Cigem s’avérait en outre un complément indispensable aux politiques d’accueil menées en Europe. En cas de refus, le centre devait en effet aider les émigrés de retour au pays à s’y réintégrer.

La Commission européenne investit donc dans l’installation du Cigem, en collaboration avec le gouvernement malien. Une petite équipe est mise sur pied. Des travailleurs sociaux maliens conseillés
par des coopérants européens. Et le centre démarre ses activités, en recevant dès le départ des dizaines et des dizaines de personnes, prouvant de la sorte son rôle sociétal.

Afin de permettre que la mayonnaise prenne, je suis envoyé là-bas au printemps 2009. Une petite mission qui entre dans mes cordes de consultant et formateur en management : lisser les rouages du
fonctionnement du Cigem, en favorisant la délégation, l’esprit d’équipe et la construction d’une culture d’entreprise. Je passe là quelque cinq semaines avec une équipe d’hommes et de femmes extraordinaires, tous conscients du caractère humanitaire de leur travail.

Je les quitte avec beaucoup d’émotion, mais avec une conviction : on se reverra. En effet, lors des réunions d’évaluation finale de ma mission, tous mes interlocuteurs, sans exception, s‘accordent pour lui donner une suite. Nous envisageons alors que je revienne après six mois, de manière à évaluer les changements que nous avons mis en œuvre et envisager d’éventuelles rectifications.

Eh bien, je n’y suis jamais retourné.
Et ce sont les raisons de cette non prolongation qui, au regard de la multiplication des drames humains auxquels l’on assiste aujourd’hui dans une impuissance terrible, m’interpellent. Les raisons ? Non, « la » raison, la seule raison : les procédures de plus en plus compliquées qui caractérisent le fonctionnement de l’administration de la Commission européenne.
Le besoin existait, renforcé par la demande.
Et du management du Cigem et de ses employés. Comme de mes interlocuteurs officiels, tant du gouvernement malien que des institutions européennes à Bamako. Les budgets étaient là également. Ainsi que ma disponibilité, et mon envie.
Mais les procédures administratives sont telles que la conjonction des besoins, des demandes, des compétences et des budgets n’est plus suffisante. La sacro-sainte bible des procédures l’emporte
désormais sur tout le reste. Y compris pour étouffer de chouettes et salutaires initiatives.

Parce que le Cigem a fermé ses portes. L’année dernière. Ce projet-pilote, qui aurait pu être reproduit dans quasi tous les pays africains, n’est plus. Et c’est bien dommage, on s’en rend compte tous les
jours.

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