Un grin de folie

Posté le 24 mai 2009 dans Divers

Le grin au Mali est une institution : c’est un groupe d’amis, inter-générationnel, qui se retrouve quasi tous les jours, pour causer, simplement pour causer. C’est nettement plus interactif que la télé. Et quand même pas mal moins techno qu’un chat. Le sentiment d’appartenance y est poussé : on fait partie d’un grin et pas de deux, même si parfois il y a la possibilité d’être accueilli dans un autre grin. C’est lié au quartier, et on y trouve donc des vieux qui côtoient des jeunes, des gens aisés qui parlent avec d’autres qui le sont nettement moins.

Hier soir, mon ami Abdoulaye me prend en voiture. Je crois qu’il veut simplement me montrer un quartier typique de Bamako, comme à midi il m’a montré la gare des bus où les “coxeurs” s’activent. Un coxeur est un rabatteur pour transports. Il touche une commission sur les clients qu’il amène aux bus ou aux taxis. La concurrence est rude, et dès lors les rabatteurs passablement agressifs. Ils courent aux côtés de la voiture en tapant énergiquement au carreau. Il semble qu’il ne soit pas conseillé d’en sortir, parce qu’alors vous êtes agrippé par plusieurs coxeurs qui vous écartèlent à qui mieux mieux. Les bus acceptent-ils des partie de client ? Je ne sais pas. Parce que je suis resté dans la voiture et suis donc toujours vivant, dans la même voiture d’Abdoulaye quelques heures plus tard sur la route de la Guinée.

A un certain moment, un peu en dehors de la ville, il emprunte un chemin de traverse. Je lui demande s’il sait où il m’emmène. Mais oui, me répond-il, on va chez mon ami. La porte s’ouvre et nous voilà dans un terrain clos, avec quelques huttes, des tables et des chaises, et au fond du jardin des poulets qui cuisent. Au début, on est une demi-douzaine. Mais au fur et à mesure d’autres arrivent. Une trentaine de personnes en tout. Et des musiciens. Je suis le seul “toubab”, le seul blanc. On boit, on mange, on rit. Les musiciens chantent. La nuit tombe, rapidement comme toujours ici. Mais le temps s’est arrêté.

Les musiciens viennent derrière moi et entament un chant en bambara. C’est pour moi, me dit-on, une chanson à mon honneur. Je n’y comprends rien, bien évidemment, mais on me traduit vaguement : la surprise que je leur fais à les rencontrer, et le fait que je suis bien, et qu’ils sont contents de m’accueillir. Je me retrouve bien fait vite fait avec un instrument inconnu dans les mains. Et je m’exécute et tente un rythme plus ou moins cohérent, sous les applaudissements de tous. Et puis une femme, la seule femme de ce grin un peu spécial, m’invite à danser. Les applaudissement redoublent. Abdoulaye paie le musicien. Il m’expliquera plus tard que c’est l’ami qui doit payer, et jamais, surtout jamais, la personne qui est honorée par le chant. La soirée se poursuit, d’autres reçoivent leur chanson, et leurs amis donnent une dringuelle.

On s’éclipse avant le démarrage du méchoui. Sinon, on aurait passé la nuit. Ils ne savent rien de moi. Si ce n’est qu’ils étaient heureux de m’accueillir, et moi d’être accueilli de la sorte. et c’est bien comme ça. C’était mon premier grin. Un moment de chaleur, un cadeau de la vie. Une scène de la vie quotidienne au Mali. Ami soit qui Mali pense.

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