Les braves gens

Posté le 1 août 2009 dans Divers

Ca ne se passe pas en Afghanistan ni au huitième siècle, mais au dix-neuvième en France. Il y a 139 ans. On est en 1870, dans un petit village de la Dordogne. La France est en guerre contre la Prusse. Et ça ne se passe pas très bien du côté du front. Alain de Monéys, un jeune conseiller municipal du village voisin, patriote convaincu, défend son cousin en disant “Il ne va quand même pas dire A bas la France !…” Ce sont les quatre derniers mots qui sont retenus. De Monéys a eu le culot de dire “A bas la France” ! Ce sont alors plusieurs personnes qui le prennent à partie, puis des dizaines, et puis des centaines. Parmi celles-ci, des amis d’enfance et des gens que de Monéys a aidés.
La scène va durer des heures. Des heures de coups qui pleuvent d’abord. Et puis de véritables scènes de torture, avec mutilations et tentative d’écartèlement. Alain de Monéys mourra trois heures plus tard, brûlé vif sur un bûcher. Et certains de ses bourreaux iront jusqu’à se régaler de sa graisse chaude…

C’était au dix-neuvième en Dordogne. Les autorités de l’époque ont pensé rayer Hautefaye, le “village cannibale”, de la carte, mais n’en ont finalement rien fait. C’est une histoire vraie, racontée avec horreur et fidélité par Jean Teulé, dans “Mangez-le si vous voulez” (Julliard, 2009). En lisant avec effroi ce livre, je repensais à tous ces braves gens qui, il y a bientôt treize ans, avaient fait le déplacement à Arlon pour crier “A mort !” chaque fois que Dutroux, Nihoul et consort montaient les marches du palais de justice. Bien sûr ce que Dutroux avait fait était inqualifiable. Il a été jugé pour cela d’ailleurs. Mais ces anonymes qui donnaient de la voix en exigeant une justice expéditive étaient eux-mêmes bien inquiétants. Non, les braves gens n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux.

2 commentaires pour Les braves gens

  • Du Bleu dit :

    Bonjour
    j’ai lu a deux reprises votre billet et si je trouve la première partie assez intéressante, d’un point de vue historique de la barbarie humaine, par contre j’ai peur de ne pas comprendre les derniers lignes du billet ni la liaison avec l’affaire Dutroux.
    Je trouve que le texte de Brassens "les braves gens n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux", n’est pas très heureuse, sourtout qu’on parle de pédophilie.
    C’est dommage.
    Bonne journée.

  • Le Guilb dit :

    J’accepte bien entendu le fait que ce que Dutroux a fait est horrible, répugnant et éminemment condamnable, alors que le brave Alain de Monéys, lui, n’avait strictement rien fait de répréhensible.
    Mais Dutroux a été arrêté avec d’autres personnes, qui, par la suite, ont été soit disculpées, soit condamnées mais pour d’autres faits, moins graves. Ces personnes faisaient elles aussi l’objet d’insultes et d’invectives, d’appels à la mort.
    Ce que je déplore c’est lorsque le Peuple veut se substituer à la Justice. Donc à la va-vite et sans discernement. C’est alors un déni de démocratie. Et souvent d’une violence inacceptable.

    Badinter, dans son magnifique réquisitoire contre la peine de mort, avait rappelé que parmi la population qui hurlait "A mort" devant le Palais de Justice de Troyes contre Bontems et Buffet (72) figurait Patrick Henri, qui, quatre ans plus tard, assassinerait un enfant de sept ans. Les justiciers ne sont pas toujours blancs… Le Far West n’a pas été un exemple de justice sereine, je crois.

    A bientôt, et merci pour votre commentaire.

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