De qui s’agit-il ?

Posté le 1 décembre 2009 dans Divers

Portrait signé d’un grand auteur français. Qui, à votre avis, se profile derrière le personnage décrit ?

Que peut-il ? tout.
Qu’a-t-il fait ? Rien.

Avec cette pleine puissance,
En huit mois un homme de génie
Eût changé la face de la France,
De l’Europe peut-être.
Seulement voilà, il a pris la France
Et n’en sait rien faire.
Dieu sait pourtant que le Président se démène :
Il fait rage, il touche à tout, il court après les projets.
Ne pouvant créer, il décrète ; il cherche
A donner le change sur sa nullité ; c’est
Le mouvement perpétuel ; mais, hélas !
Cette roue tourne à vide.

L’homme qui, après sa prise du pouvoir
A épousé une princesse étrangère
Est un carriériste avantageux.
Il aime la gloriole, les paillettes, les grands mots,
Ce qui sonne, ce qui brille, toutes les verroteries du pouvoir.
Il a pour lui l’argent, l’agio, la banque, la Bourse, le coffre-fort.
Il a des caprices, il faut qu’il les satisfasse.
Quand on mesure l’homme et qu’on le trouve si petit
Et qu’ensuite on mesure le succès et qu’on le trouve énorme,
Il est impossible que l’esprit n’éprouve pas quelque surprise.
On y ajoutera le cynisme car la France, il la foule aux pieds,
Lui rit au nez, la brave, la nie, l’insulte et la bafoue !

Triste spectacle que celui du galop, à travers l’absurde,
D’un homme médiocre échappé
.

Ce texte a été écrit par Victor Hugo en 1852. Et c’est bien sûr Napoléon Bonaparte que tout le monde aura reconnu dans ce portrait au vitriol.
Extrait de “Napoléon le Petit“, réédité par Actes Sud.

un commentaire pour De qui s’agit-il ?

  • Luc Hermant dit :

    Je ne suis pas un spécialiste de la correspondance via mail et j’ignore pourquoi je suis en train d’écrire un commentaire sur votre site. Tout cela sans doute parce que je voulais me rendre compte des réactions suscitées par la chronique quotidienne de mon frère Paul et que votre blog en contient quelques-unes.
    Je m’en tiendrai à cette remarque que beaucoup d’entre vous doivent partager : quand Paul Hermant commence à parler, il se passe quelque chose d’ élémentaire qui fait voler en éclats les mises en bouches technologiques de la radio. Ici, quelqu’un parle à quelqu’un. Et subitement la masse des auditeurs se réduit à celui qui parle et à celui qui écoute : deux personnes sont en ligne ! Un comble pour tous ceux qui s’inscrivent dans la course à l’audimat, un comble ou une véritable victoire ! Il n’y a plus qu’un émetteur. Il n’y a plus qu’un récepteur. L’un et l’autre se confient l’un à l’autre : magique et bienfaisant.

    La formule est bonne. Ne la changez pas. A travers un homme qui pense le monde dans ses contradictions et qui le dit en chantant doucement, s’éveille une conscience plurielle qui partage des valeurs essentielles, celles des droits humains.

    Cette situation induit un sentiment particulier, celui de l’exclusivité de la circonstance de communication. Une exclusivité partagée et multipliée. Paradoxal et parfaitement illustratif de ce que le réseau devrait pouvoir produire plus assidûment.

    Bonne journée !

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