Du goudron et des plumes

Posté le 10 juin 2010 dans Divers

– Dis-moi, chico, quand arrive la prochaine diligence ?
– Dans quatre jours, gringo.

Dans Blueberry, Lucky Luke ou Durango, tout le monde a déjà souri de cette mésaventure qui arrivait à certains personnages. Les voyait-on râler pour autant ? Non, non, le cow boy dépité prenait son mal en patience. En entamant un brin de papote avec son cheval, en éclusant quelques bouteilles de whisky au saloon, en prenant son bain annuel, ou bloody hell en lynchant quelques mexicos qui n’avaient rien à faire là. A l’époque, les gens étaient civilisés ; ils ne critiquaient pas sans arrêt leurs transports en commun. Ils étaient compréhensifs.

Tandis que maintenant, les gens ne respectent plus rien. Tenez, pas plus tard que tout à l’heure, en plein après-midi, je me pointe à mon arrêt de bus favori, et le panneau électronique indique que le bus arrive dans 18 minutes. Dix-huit minutes !… Qu’est-ce que c’est par rapport à quatre jours ? Ça n’est rien évidemment !… En plus, il pleuvait. Rien à voir avec la canicule insoutenable du Texas. Eh bien, figurez-vous que des gens râlaient. Et même cette petite vieille, certainement pensionnée. Mais qu’a-t-elle d’autre à faire que d’attendre sous la pluie, cette petite vieille pensionnée ? Au lieu de râler, elle pourrait poireauter au saloon tout près, ou lyncher un passant, il y a bien quelqu’un de pas très catholique dans cette ville de râleurs, non ?
Ah là là, je vous le dis, on vit une époque où tout le monde se croit tout permis. Mais c’est vrai, quoi, il faut les comprendre ces conducteurs de diligences de la Stib. Ça n’est pas simple d’organiser les déplacements à Bruxelles. C’est le far west ! Y a des montagnes, des précipices, des canyons, des torrents en furie, des attaques d’indiens, des duels, des essieux qui cassent, des élixirs qui rendent malade, des ruades de taureaux, des chasseurs de primes, des scindeurs de BHV. Et malgré toutes ces difficultés majeures, la Stib parvient à faire mieux qu’une diligence tous les quatre jours ! Franchement, de quoi se plaint-on ? C’est ce que je voulais dire à cette petite vieille râleuse. Eh ! Mamy, mais si tu avais vécu en 1882 au Texas, qu’est-ce que tu aurais dit ??? Ah les jeunes, ils ne se rendent pas compte ! Mais la petite vieille ressemblait étrangement à Ma Dalton. Peut-être avait-elle un flingue dans son cabat… Du coup, eh bien, j’ai râlé avec elle.

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