La semaine ? Non : le siècle !

Cette semaine est consacrée au coworking. Allez, c’est chouette. Focus sur ces espaces de travail partagés. Une mode ? Non, pour moi, une révolution !
Je m’explique.

Des prévisions circulent sur l’évolution de l’emploi. Parmi celles-ci, deux chiffres ont de quoi interpeller : on annonce la surpression de 2 milliards d’emplois au monde d’ici 2030. Oui, oui, vous avez bien lu : 2 milliards. Quasi 1 emploi sur 2. Effet de la robotisation et de l’intelligence articificielle mais aussi de tous les changements de paradigmes en termes de concurrence mondiale, de concentrations, de suppression des frontières. Même le déclin effrayant de la biodiversité va massacrer des centaines de millions d’emplois. Mais un autre chiffre est clairement plus réjouissant : c’est que, toujours d’après ces prévisions, 60% des métiers qui seront pratiqués en 2030 n’existent pas encore. 60% ! A voir à nouveau les changements qui nous assaillent, on peut y croire aussi à ce chiffre.

2030 c’est demain !
Il y a du pain sur la planche. En vue des dégraissages inévitables et de la solidarité sociale qui devra les accompagner. (Qu’on le déplore ou non, c’est l’économie, avec sa loi de l’offre et de la demande, qui justifie les emplois, pas l’inverse.) Mais aussi au regard de cette immense créativité qui va bouleverser le commerce, les services, l’industrie, les échanges, l’éducation, la culture, l’administration, la mobilité, le confort domestique, et même les relations conjugales.
Personne à ce jour ne peut dire ce qu’il en sera des vases communicants. Créera-t-on autant que l’on détruira ? On ne sait pas. Mais il y a toutefois une certitude : ce ne sera pas dans les mêmes endroits !

Les entreprises, les usines et les administrations vont se dépeupler. Et c’est normal, même souhaitable dans certaines activités. Au nom de quoi des banquiers resteraient ensemble dans un lieu que ne fréquentent plus leurs clients ? Vous allez encore dans votre banque, vous ? Même chose pour les avocats, les architectes, les informaticiens, les consultants, les assureurs. Tous les métiers de service en fait, à l’exception de ceux qui nécessitent des installations complexes, médecins, dentistes ou tatoueurs. Quasi tout le monde a plutôt intérêt à aller là où sont les clients potentiels.
Avec le Cloud et la 4G, le lieu physique n’a plus grande importance pour stocker et bosser. Autant donc aller où ce sera rentable. Intéressant.

Alors, où ?

Dans les coworkings.
La génération Z, qui entame son parcours professionnel en ce moment, tient radicalement, au même titre d’ailleurs que la génération Y qui l’a précédée, à une distinction entre vie privée et vie professionnelle. OK. Si donc, jusqu’à présent, l’activité professionnelle ne se déroulait qu’entre lieu de travail et domicile – avec le télétravail -, une alternative se profile aujourd’hui d’une manière phénoménale, avec ces lieux où l’économie collaborative peut se développer : les coworkings.
C’est là que pourront se créer, dans les meilleures conditions, ces 60% de nouveaux métiers. C’est là aussi que se développeront au mieux quasi toutes les activités professionnelles, même les plus classiques et anciennes. Un plombier peut y aller pour faire ses offres et ses factures ; il rencontrera des prospects. Un conseil au Forem ou à Actiris : offrez des places de coworking à vos chômeurs !

Investissons les coworkings ! Occupons ces lieux d’avenir, ces espaces du 21ème siècle. Ils commencent d’ailleurs à pulluler. Il y en a 14.000 aujourd’hui dans le monde, alors qu’il y en avait 8 fois moins il y a 6 ans. L’essor de notre économie et de notre vitalité passe par là.

S’il en existe beaucoup, avec des styles très différents, du high-tech aseptisé au bobo un peu poussiéreux, je vais pointer ici trois espaces coworking que j’aime particulièrement.

Cow Brussels, à Boitsfort
C’est le mien ! Je l’ai lancé avec quatre associés. Sans grande prétention, il est à l’image de Boitsfort, un village en ville. D’où son nom. Basé essentiellement sur la convivialité et le partage, c’est un lieu qui, je l’espère, va donner un coup de fouet à l’entrepreneuriat et aux échanges dans cette partie si préservée de Bruxelles.
J’adore son slogan, magnifique (merci, Xavier Van Oost) : « Je suis meilleur à plusieurs ! »

Workero, un peu partout
Le plus abouti. C’est en soi déjà un réseau, qui plus est occupe des tas d’espaces disponibles un peu partout. Magnifique projet dans de superbes lieux, avec de réelles possibilités de contacts et de collaborations. Avec géolocalisation, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur. Travailler c’est collaborer. Et là, la collaboration devient un plaisir.
Un plus ? Dirk Paelinck, le boss, est un gars bourré d’idées et d’énergie. De ressources aussi.

Gare ! Poix-Saint-Hubert
Mon coup de coeur ! Et ceux qui me connaissent comprendront pourquoi. Mon hôtel préféré, Les Gamines, vient d’ouvrir un espace coworking très cohérent. En plein bled ? Ben oui. Si ce n’est que c’est juste en face d’une gare, au coeur du Luxembourg belge. Cet espace préfigure ce qu’il y a de mieux en matière de vision. Acollé à un hôtel, un resto, mais aussi une cuisine réservée aux coworkers, c’est une étape cruciale pour toute personne qui passe dans le coin.
Cette belle vision est due à Aude Piette, aux commandes de l’hôtel et du coworking. Et des projets, elle en a encore !

Je n’ai jamais aimé le terme « Internaute », parce qu’il semble reposer sur une sorte de militantisme, d’étrangeté même, comme on parlerait de fétichistes ou de collectionneurs de boites de camembert. On n’est pas internautes ! On utilise tout simplement et comme tout le monde Internet et c’est évident. Au même titre qu’on ne parle pas de téléphonautes, de buveurdeaunautes ou de calculatriçonautes. Mais le terme de Coworker, lui, a tout son sens. Parce qu’il amène un changement phénoménal dans la sociologie du travail, mais aussi dans la concrétisation de l’économie collaborative.
Devenez coworkers ! C’est votre semaine. Et mieux : votre siècle !