Le Tram 33

Posté le 3 octobre 2015 dans Divers

Je viens de recevoir une vidéo géniale. Un conducteur de tram super sympa qui fait rigoler tout le monde. A Bruxelles ? Non, à Nantes. Allez ! les gars, mes amis de la Stib, prenez-en de la graine !

Autre lieu, autre réalité. Prenez cette photo, qu’on me dit d’Alger. Regardez bien la raison pour laquelle le tram est bloqué… De deux choses l’une : soit le conducteur ne dit rien et tout le monde râle derrière lui. Alors que le pauvre n’y est pour rien. Soit il le prend à la rigolade, style « Bon, les gars, venez voir, parce qu’il faut le voir pour le croire… A votre avis, à qui peut-on en vouloir ? Au gars qui a mal garé sa voiture ? Ou au flic peu inspiré qui l’a bloquée ? » Tout le monde rigolerait, c’est sûr. Et sans doute, à plusieurs, se mettraient-ils à soulever la voiture, se construisant un souvenir qu’ils raconteraient encore des années plus tard.

Cette vidéo m’a rappelé un encadré que j’avais mis dans mon premier livre, sur le plaisir au travail. C’était en 2005. Depuis, bien sûr, ça a changé. Mais les annonces dans les trams et les bus sont confiées à la machine. Pas à l’être humain, et c’est bien dommage…

Extrait de mon livre :
Le Tram 33
pour aller manger des frites chez Eugène
Mon tram est bloqué dans un tunnel depuis huit minutes. Il est plein.Plein d’usagers fatalistes qui attendent sans savoir pourquoi. Le conducteur, tout aussi fataliste, attend, les yeux fixés sur un feu qui reste obstinément rouge. Il ne dit rien. Il n’a rien à dire. Et pourtant. Pourquoi ne peut-il dire ce qui se passe ? Dire simplement que voilà, il y a un problème, qu’il va se renseigner, qu’il va nous tenir au courant. Qu’il espère que. Et qu’au nom de son entreprise il présente ses excuses pour ce désagrément bien indépendant de sa volonté. Mais non, il ne dit rien. Il semble oublier qu’il a derrière lui des dizaines d’usagers qui veulent savoir. Il oublie ses usagers. Et il ignore que ce sont aussi et surtout ses clients.

Imaginez une autre ville. Votre tram démarre. Et le wattman prend le micro. « Bonjour mes amis ! Et bienvenue dans le tram 33. C’est Raoul qui vous parle. On va faire un bout de route ensemble aujourd’hui, autant qu’on fasse connaissance, non ? Vraiment désolé pour le léger retard, mais un camion déchargeait ses meubles un peu plus bas. Mais le chauffeur a été sympa, il a fait au plus vite. Cela dit, vous en faites pas, j’espère qu’on va récupérer notre horaire, comptez sur moi. Aujourd’hui, on annonce 25 degrés. Génial ! Et pas un seul nuage, s’il vous plait ! C’est pas chouette, ça, ma petite dame ? Attention, on arrive à l’arrêt « la Castafiore ». C’est ici qu’il faut descendre si vous voulez une correspondance avec le 27 ou le 18. Et si vous allez boire un verre chez Eugène, remettez-lui le bonjour de Raoul ! »

Tout ça, n’importe qui peut le dire. Il ne faut pas une formation spécifique pour parler, pour « raconter le conte », parler à ses clients. Mon dentiste le fait bien, sans bien sûr que ses clients ne puissent lui répondre, ahhghagehhaahhhh, pas facile de dialoguer avec son dentiste. Alors, il soliloque, avec un répertoire inimaginable d’anecdotes à raconter. Et c’est bien sympa, ça diminue le stress.

Pourquoi un wattman ne pourrait-il pas se comporter comme cela ? Tout le monde a des histoires à raconter. Tout le monde peut aussi être poli, courtois, attentionné, et préoccupé du bien-être de ses clients. Je serais patron des transports en commun bruxellois, je le leur demanderais… Avant de parler des heures de travail, je préférerais parler de cela.

Il y a pourtant bien des micros et des baffles dans le métro bruxellois. Au début, ils annonçaient les stations. Rien que ça c’était utile. Ne fût-ce que pour les aveugles ou ceux qui lisent leur journal. Mais ils ne le font plus. Sans doute les conducteurs ont-ils dit que ça ne faisait pas partie de leur boulot. Et que les usagers n’avaient pas besoin de cela.

Les usagers ou les clients ? (Tiens, je constate, après avoir écrit ces lignes, que les annonces vocales viennent de réapparaître dans le métro bruxellois. Pile poil à l’instant. Mais c’est une voix préenregistrée. La machine a remplacé l’homme…)
Imaginez une autre ville, imaginez une autre vie.

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