Images du Mali

Posté le 24 avril 2009 dans Divers

Image traumatisante : deux camions encastrés parfaitement l’un dans l’autre sur une route à deux voies. Collision frontale en plein village. On voit les bennes, parfaites. Mais les cabines sont complètement ratatinées. Comment l’un des deux a-t-il pu rouler si idiotement à gauche ? Je ne le saurai pas. En passant à côté, je pense aux deux chauffeurs écrabouillés, certainement encore enchevêtrés dans leurs volants. Il fait 44°. Ça fait froid dans le dos.

Image émouvante : Omar mon chauffeur de taxi est une armoire à glace. Son français est hésitant. Ce sont plus des mots que des phrases. Une voix grave, impressionnante, hachurée. Je lui demande s’il a des enfants. Oui : cinq. Mais il en avait trois de plus. Tous décédés sans qu’il ne sache pourquoi. Une fille est restée un an à l’hôpital, et puis elle est morte. Un bébé est parti en quelques jours. Ce que disent les médecins ? On ne sait pas, ça ne sert à rien de savoir, ça ne change rien de toute façon. La mort des enfants, c’est la vie.
Omar mon armoire à glace a les larmes aux yeux. Que puis-je lui dire ? Que c’est injuste. Mais c’est comme ça, ici.

Image bouleversante : mais que les femmes sont belles au Mali ! Magnifiques. On dirait que les seins n’ont pas la même connotation sexuelle que chez nous. Ils sont facilement dénudés ici. Bébés obligent bien sûr – les femmes ont en moyenne 5,9 enfants – mais aussi cette sorte de simplicité qui fait que la pudeur ne censure pas vraiment la poitrine. Je vois une gamine déambuler dans la foule. Elle ne doit pas avoir plus de dix ou onze ans. Tellement jeune que je suis étonné de lui voir des pointes de sein pousser sous son t-shirt. Et puis je comprends, l’horreur : elle est enceinte !
Les âges sont trompeurs. Mais assurément, cette gamine est trop gamine que pour avoir, déjà, un gamin autre qu’une poupée. Moche.

Image envahissante : il faut prendre un bac pour aller à Djenné. Le trajet a beau durer à peine plus de cinq minutes, le bac est le lieu idéal pour vendre. On a bien inventé le hors taxe sur la Manche. Pourquoi pas vendre pendant la traversée du Banni, affluent du Niger ? Je suis le seul toubab « à bord ». Une nuée de jeunes vendeurs se précipite sur moi. Mes amis maliens s’éloignent, laissant le toubab se débrouiller avec la réalité locale. Des colliers, mon ami ! Des grigris. Des bracelets, des statues Dogon, des amulettes… Au début je ne veux rien. Je souris. Mais ils s’y mettent ensemble. C’est un travail collectif. On négocie. Je crois obtenir un bon prix (mais je ne le saurai jamais) et j’achète quelque chose que je ne souhaitais pas vraiment. Ils sont contents, me serrent la main. Le trajet a été fructueux pour tout le monde.
Le lendemain, il faut prendre le même bac pour quitter Djenné. Je suis toujours le seul toubab, et ils me reconnaissent bien sûr. L’argument est nouveau : hier tu as acheté aux autres pour 3.000, et moi je suis le seul qui n’ai rien vendu, ça n’est pas juste… Mais comment puis-je savoir, moi ? Je ne suis pas physionomiste ! D’autant plus qu’ils sont quand même plusieurs à me prétendre qu’ils sont le seul… Allez, j’en achète encore trois ! Bientôt je pourrai ouvrir un commerce à la Galerie Agora. Et puis, une toute petite gamine, sur la pointe des pieds nus, se hisse jusqu’à ma fenêtre. Et moi, Toubab ? Elle me tend un tout petit grigri. Mais ma pauvre gamine, je n’ai plus rien !… Effectivement, je n’ai plus de monnaie. Il me reste une pièce de 100 francs CFA (15 cents), que je lui donne. Et elle, avec son grand sourire sur ses petits pieds, me tend le grigri. Merci, Toubab.

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