Millenium 4 : Stieg Larsson doit se retourner dans sa tombe

Posté le 1 octobre 2015 dans Divers

Je vous l’avoue ici : je fais partie de ceux qui ont adoré la trilogie Millenium. J’ai d’ailleurs connu le traumatisme post-lecture en tournant la dernière page du troisième volume il y a quelques années. Que vais-je lire maintenant? m’étais-je demandé.
Bon, j’ai trouvé, ne vous en faites pas. Mais dès lors, lorsque j’ai appris qu’il y avait un quatrième tome, j’ai applaudi des deux mains l’initiative de l’éditeur. Stieg Larsson, l’auteur de la trilogie, est décédé un an avant la parution du premier tome. Le pauvre n’aura donc pas connu l’incroyable succès de sa mini-série qui mettait en scène le journaliste Mikael Blomkvist et surtout la hackeuse de génie Lisbeth Salander, un personnage comme il en apparaît rarement dans la littérature. Bravo donc de faire revivre cette si étrange Lisbeth !

Mais mais mais…
Je viens de refermer la dernière page du quatrième tome, « Ce qui ne me tue pas », et franchement j’aurais dû m’abstenir de cette lecture. Cette nouvelle histoire, confiée à un autre auteur dont je ne retiendrai pas le nom, est affligeante. Vide, emmerdante, bête. « Ce qui ne me tue pas » tue en tout cas la mémoire de Stieg Larsson, et c’est d’une tristesse sans pareille.
Là où Larsson avait l’art de nous abreuver de détails pour, tout d’un coup, nous en faire découvrir l’intérêt, les clés, son damné succédané de successeur nous endort pour ne jamais nous réveiller. Pire : on dirait que ces détails-ci, souvent très peu plausibles, ne servent qu’à justifier des dénouements tirés par les cheveux. On a parfois l’impression de se trouver dans une bédé des années 50. Une image montre une ville sous la pluie, avec un encadré de dix lignes serrées qui expliquent qu’il pleut et le héros qui s’exclame que « By jove, il pleut ! ». Aucun suspense.

A chaque page, on trouve des incohérences ou des bêtises. Par exemple (attention, la liste est longue…) :

  • August est un enfant autiste qui assiste au meurtre de son père. Personne ne le sait mais il est extrêmement doué en dessin, et est donc à même de faire le portrait de l’assassin. Mais un pédiatre spécialisé en autisme interdit totalement qu’on laisse August dessiner, parce que ça ne lui fait pas du bien. Avez-vous déjà entendu un pédiatre faire ce type de recommandation ? Moi non. C’est simplement pour les besoins du scénario, parce que sinon la police sait qui est l’assassin dès la page 17, et le livre peut se terminer là…
  • La mère d’August est une parfaite idiote écervelée. Tandis que le père est une sommité en intelligence artificielle de notoriété mondiale. Après sa mort, elle entame une relation avec « le » spécialiste suédois de l’autisme, habitué à donner des conférences un peu partout dans le monde.
    Euh… chacun est évidemment libre de tomber amoureux de qui il veut, mais ces deux couples ont quelque chose de bizarre quand même.
  • Blomkvist, star du journalisme d’investigation, est le seul témoin du meurtre. Pense-t-il diffuser des infos à ce sujet sur le site Web de son journal ? Ah non, c’est con hein, mais il n’y a pas pensé. Bon, c’est un peu normal quand même, vu que son magazine est un mensuel papier…
    Du coup, les inspecteurs le soupçonnent d’avoir voulu favoriser les ventes de son journal en laissant délibérément s’enfuir le tueur, une brute épaisse qui avait déjoué tous les pièges de la police.
  • Le chef des inspecteurs fait la morale à ses troupes parce qu’il y a eu une fuite. Il leur dit : « Même si le Premier ministre en personne vous appelle et vous parle de patriotisme et d’avancement dans votre carrière, vous ne lâchez pas un mot. » OK, répondent-ils à l’unisson. Juste après, l’un d’entre eux suggère de publier le nom de Lisbeth dans les médias.
    Que répond alors son chef ? « T’es con ou quoi ? Tu n’as pas entendu ce que je viens de dire ?!… » Ben non. Au contraire, il fait : « A voir. Les avis sont partagés sur ce point. »
  • Le père d’August, éminent spécialiste, a conçu un programme totalement révolutionnaire, qui lui a pris des années et qui est susceptible de faire avancer de manière considérable l’intelligence artificielle. Le rêve de tout informaticien. Il est à deux doigts de passer à la postérité. Mais il a des problèmes de conscience, ça le turlupine un petit peu sur les bords, il ne sait pas si c’est bien, moralement et éthiquement, ce qu’il vient d’accomplir. Alors, il efface tout. D’un clic, sans regret et sans back-up.
    Bien sûr, tout le monde fait des trucs comme ça, non ?
  • Lisbeth encourage August à dessiner le portrait du meurtrier de son père. Et il dessine deux visages. Mais Lisbeth se dit qu’il n’a encore rien dessiné en rapport avec le meurtre. D’où tient-elle cete conviction, vu qu’elle ne sait strictement rien des circonstances du meurtre ou de la vie d’August ? La seule explication est que c’est l’auteur du bouquin qui le lui a dit… Un truc du style « Bon, Lisbeth, le gamin il va dessiner deux visages, mais sache-le, j’ai besoin pour mon foutu scénario que ça ne soit pas tout de suite le bon visage. OK, t’oublieras pas ?.. » Oui chef, a-t-elle sans doute répondu en son for intérieur.
  • Lisbeth justement. Blomkvist a toujours été fascinée et par elle et par le fait qu’elle lui faisait penser étrangement à Fifi Brindacier. Au début de l’histoire, le journaliste est contacté par quelqu’un qui lui dit avoir rencontré une femme étrange. Il la décrit et elle correspond point par point à la description pour le moins unique de Lisbeth : petite taille, gothique, piercings, force stupéfiante, regard dur. Blomkvist demande comment elle s’appelle. Et le gars répond qu’elle a simplement dit qu’il pouvait l’appeler Fifi.
    Est-ce suffisant pour convaincre Blomkvist ? Non, non. Plusieurs pages plus loin, il s’étonnera de la ressemblance. By jove, dira-t-il, ça ressemble quand même à du Lisbeth tout craché…
  • Lisbath a une soeur, qui ne lui ressemble pas du tout tant elle est belle. Elles sont en conflit et ne se parlent plus depuis des années. Blomkvist ne l’a jamais vue.
    Un jour, il est accosté par une femme magnifique. Son sixième sens lui dit toutefois de se méfier, alors que rien de concret n’indique que la femme lui est hostile, que du contraire. Il en établit donc, bon sang mais c’est logique, que c’est Camilla, la soeur de Lisbeth. C’est évident vu qu’elle est magnifique. Ca ne peut être qu’elle, non ?
    Là aussi, l’auteur avait besoin de la collaboration de son héros, même si ça n’est pas du tout crédible, pour la suite de l’histoire.
  • La suite de l’histoire, justement, se passe chez l’ancien tuteur de Lisbeth. Qui raconte à Blomkvist toute l’enfance des deux soeurs, avec des détails précis sur les émotions ressenties, les craintes, les disputes, les frustrations.
    D’où le gars tient-il ce niveau de détail ? On est en droit de se le demander lorsque l’on sait que Lisbeth ne s’exprime que par des monosyllabes binaires et factuelles.
  • Comment croyez-vous que Camilla Salander parle à ses sbires de sa soeur Lisbeth Salander ? Eh bien par son nom de famille ! Ne sous-estimez pas Salander ! hurle Camilla Salander.
    Un jour, j’écrirai un billet à propos de mon frère Guilbert !
  • D’ici quelques siècles, des archélologues de l’écriture romanesque du 21ème siècle, dubitatifs face au succès difficilement compréhensible de Millenium 4, proposeront des thèses de doctorat sur cette phrase magnifique qui n’a pas encore livré tous ses secrets :
    « Les témoignages recuillis et jugés crédibles restaient étrangement vagues, en dehors du fait qu’ils soutenaient tous que cette femme ne pouvait en aucun cas etre une criminelle. »
    Magnifique, non ? Jugés crédibles et vagues. Vagues et en aucun cas… N’est pas Sherlock Holmes qui veut.

Bref. N’en jetez plus, la coupe est pleine. A chaque page suffit sa peine et sa tristesse devant tant de légèreté, d’incohérence, d’amateurisme. Ce Millenium 4 – « Ce qui ne me tue pas » – a totalement étouffé dans l’oeuf mon espoir de voir vivre encore Lisbeth Salander. Et j’en suis bien triste. Pauvre Larsson. C’est son art qu’on assassine.

 

2 commentaires pour Millenium 4 : Stieg Larsson doit se retourner dans sa tombe

  • virginie Tulik dit :

    virginie

  • virginie dit :

    Je viens de finir le 4…. avec beaucoup d’hésitation après ton article…
    le début, ça commence bien, ça fait du bien de retrouver Lisbeth…
    puis je suis revenu sur des pages en me disant … ” mais ça sort d’ou ça ?”
    l’echange entre Blokwist et le tuteur… completement impossible….
    bref… trop bof !!!
    dommage !

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