Popol, dix ans !

Posté le 19 décembre 2019 dans Mes coups de coeur

Il y a dix ans, Popol mon père disparaissait. Je l’ai dit déjà ici, il était un véritable artiste de la blague. Il jubilait en les préparant, faisait rire tout le monde en les jouant, et par la suite n’abandonnait jamais son sourire en y repensant, prêt à peaufiner sa prochaine. Même ses victimes en rigolaient, s’en vantaient presque.
La tête de nos copains ados, lorsqu’il les accueillait en leur tendant une immense bible. La tradition ici, expliquait-il, est de lire les saintes Écritures à table. Et l’honneur de la lecture revient aux invités… Seule notre mère avait le droit d’arrêter la blague en rassurant nos invités.

Un soir, bien plus tôt que le jour où la photo ci-dessus a été prise, nos parents étaient invités à un repas chez des amis. Ils savaient qu’il y aurait beaucoup d’autres convives, mais qu’ils n’en connaissaient aucun. Ces deux précisions suffisaient à Popol pour concocter une blague. Que ces hôtes du soir ne refusèrent pas, tant il était impossible de lui dire non. Voici comment cela se passa : ma mère arriva seule, expliquant à tout le monde que son mari était retenu à une réunion. La maitresse de maison, quant à elle, vu le grand nombre d’invités, avait fait appel à l’assistance d’un pauvre gaillard, ami d’enfance de son mari qui avait mal tourné. Le gars, mal attifé dans un costume de serveur nettement trop court et démodé, n’avait strictement aucune allure, avec une coupe de cheveux qui n’en était pas une et un fort accent tournaisien. Pour tout dire, il semblait carrément attardé. Il n’avait pas toutes ses frites dans le même sachet, dirait-on. Et en effet, tout le début de la soirée fut épique, ponctué des gaffes de ce pauvre Popol. Parce que bien entendu c’était lui.

Madame, madame, dit-il affolé en faisant irruption dans la salle à manger alors que les invités venaient de passer à table. Il parlait suffisamment bas pour faire croire à un aparté, suffisamment fort pour que tout le monde l’entende : Madame, j’ai fait tomber le torchon dans la soupière. Qu’est-ce que je fais, je sers quand même la soupe ?…
Mon dieu, mais non, Popol ! s’exclama la maitresse de maison qui jouait bien le jeu, passez tout de suite à l’entrée ! Et elle présenta des excuses dépitées à toute la tablée, des invités qui avaient de plus en plus de mal à ne pas pouffer.

Un peu plus tard, Popol fit mine de se moucher dans la nappe. Il avait sa technique pour cela, totalement crédible face à des témoins pour le moins incrédules. Et qui s’esclaffèrent dès qu’il retourna dans sa cuisine. Pleurant de rire, le voisin de ma mère lui chuchota qu’il espérait bien que ce pauvre bougre n’était pas marié, vous imaginez la triste femme mon dieu mon dieu

A l’heure du plat, mon père arriva, de retour de sa prétendue réunion, élégant dans son costume cravate de business man et sans sa perruque ridicule. Il serra la main de tout le monde de manière civilisée. Quant à l’énergumène qui fit rire tout le monde, il avait proprement disparu. Docteur Popol et Mister Guilbert.
Il aura fallu quelque temps pour que peu à peu les invités se rendent compte qu’il s’agissait du même. Le voisin de ma mère ne lui chuchota plus rien.

Il était comme cela, Popol. Intarissable. Les chanteurs nous laissent leurs chansons, les auteurs leurs romans. Popol nous laisse le délicieux souvenir de ses blagues.

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