Rattachisme à Saint-Gilles : ça urge !

Posté le 26 février 2009 dans Divers

Il y a des jours comme ça, où ça ne se passe pas vraiment comme on l’aurait voulu. Hier par exemple. Le matin, je me lève plein d’entrain. Il fait magnifique. Un soleil de printemps. Ma première activité de la journée : aller à l’Administration communale, « mon » administration communale. C’est à plusieurs kilomètres de chez moi alors que l’administration de Saint-Gilles est à cinq minutes à pied, mais ça n’est pas grave. Je dois y aller pour une démarche somme toute assez banale – renouveler mon passeport –, démarche qu’a priori je devrais pouvoir faire par Internet, mais là non plus, je le jure, je ne râle même pas. Que du contraire : dans ma voiture, je me dis que je pourrais proposer, gratis pro deo et comme acte citoyen, des conseils à l’administration pour qu’elle utilise mieux le Web. C’est quand même mon métier et ma commune.
J’arrive, et, oh divine surprise, il n’y a personne ! Je veux dire : il y a bien deux préposées, mais personne qui fait la file. Génial ! La ville est belle.

C’est à ce moment qu’un indice est à même de me mettre la puce à l’oreille : ça ne va pas se passer aussi bien que je ne l’aurais voulu… En effet, la guichetière qui m’accueille me demande si j’ai pris un ticket. Un ticket ? Mais il n’y a personne !… OK, mais il faut prendre un ticket quand même. Bon, j’ai du mal à comprendre au nom de quel principe il faut prendre un ticket pour s’assurer une place dans une file d’attente qui n’existe pas, mais je ne suis pas là pour polémiquer. Je m’exécute et prends le ticket, que mon interlocutrice m’invite à mettre immédiatement à la poubelle. OK, on peut commencer. Je donne mes deux photos, mon passeport actuel et les 114 euros que j’avais préparés. Eh ! faut pas croire, je m’étais renseigné ! C’est comme cela d’ailleurs que je savais que ça n’était pas possible par Internet. Le web, à Forest, on ne connaît pas.
Mais ma belle me demande ma carte d’identité. Euh… ma carte d’identité ?… Mes lecteurs assidus comprendront mon malaise : ma foutue carte d’identité est toujours à la réception de cette foutue grande entreprise – appelons-la XYZ… – qui me l’a échangée contre un vulgaire badge d’accès que, par mégarde, j’ai conservé. Et justement, mon programme de la journée prévoyait qu’enfin je passerais par là. Mais après l’administration. Bien sûr je ne peux exiger de ma fonctionnaire qu’elle ait lu le billet de mon blog consacré à ce chapardage manifeste. Alors je baragouine que non, je ne l’ai pas cette carte, mais que non elle n’est pas perdue, pas plus que, au sens propre du terme, elle n’a été volée, mais que non non plus on ne m’a dit que je devais avoir ma carte d’identité pour un acte aussi banal et aussi facilement contrôlable. D’autant plus que j’ai mon passeport et que c’est « mon » administration communale. C’est vrai, quoi, ils savent tout sur moi dans leurs ordinateurs ! Porte-t-elle, cette charmante contractuelle, des bretelles ET une ceinture ?

Mais je ne me permets pas de lui poser cette question. Pour un peu on passerait pour un harceleur sexuel. Alors qu’à vrai dire, c’est plutôt elle qui, inflexible, me harcèle à ce moment : non, elle ne peut pas introduire ma demande de passeport sans ma carte d’identité ! Elle me souffle toutefois une idée géniale : faire une déclaration de perte. Et alors, elle sera bien obligée de l’accepter.
Sublime ! Eh bien, Madame, je vous fais officiellement une déclaration de perte. Ah non, monsieur, les déclarations de perte, c’est à la police…

La police, c’est la porte à côté. Ou plutôt « devant » la porte à côté. En effet, la plantonne de service est dehors, profitant du soleil et de sa clope. Bon, pas de problème, on fait un brin de causette, comme deux collègues qui prennent dehors leurs cinq minutes de nicotine. Comment ça va ? Beh ça va… mais ça ira mieux ce soir quand même. Et le petit, ça va ? Ben oui, mais il fait ses dents, alors vous voyez les nuits elles ne sont pas de tout repos. En plus, avec Gérard qui ronfle… Bon, c’est pas vrai, j’exagère. Elle ne me parle ni des dents du petit ni des ronflements de Gérard. Elle se contente de me demander plus prosaïquement « C’est pourquoi ? » J’explique. Elle me débite alors que c’est pas ici, c’est à un autre poste de police, faut aller en voiture, et trois photos d’identité ! Je n’ose pas lui demander pourquoi donc il faut trois photos pour un bête papier provisoire alors qu’il n’en faut que deux pour un passeport de cinq ans. Et je revois mes plans : il faut absolument que je récupère ma carte d’identité chez XYZ. De toute façon, ma matinée est foutue.

J’arrive donc devant d’autres plantons. Ça fait quatre semaines que ma carte repose dans leurs classeurs. Je suis un peu gêné quand même. Parce que ça fait quatre semaines qu’ils me cherchent certainement à tous les étages. Qu’ils ouvrent les armoires brutalement à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit pour me surprendre. Je suis leur sans papier, un squatteur invétéré qui se joue des services de sécurité. Peut-être ont-il fait appel à la Croix Rouge Internationale. Ou au FBI, je ne sais pas, moi. Mais là, j’entre par la grande porte. Je m’attends à être accueilli par le GIGN, et à ce qu’un commissaire barbu me crie dans son gueulophone « Guilbert, tu es cerné ! Laisse tomber délicatement ton badge et il ne t’arrivera rien !… »
Mais non, j’ai une dame souriante, qui retrouve illico presto ma carte d’identité.
Bon, au passage, faut dire que j’avais téléphoné une dizaine de jours auparavant. Ça n’avait pas été facile du tout, parce que sur le badge il n’y avait que les numéros de téléphone de l’infirmerie et des pompiers. Ça c’est malin ! Vous avez perdu votre carte d’identité ? Téléphonez à l’infirmière. C’est ce que j’avais fait. Mais l’infirmière ne connaissait pas le numéro ni de la réception ni même de l’entreprise ! Après une vingtaine de minutes de recherche, j’étais enfin tombé sur le type le plus cordial que j’aie jamais pu imaginer à une réception. Ça avait donné ceci :

  • Ben voilà, la fois dernière j’avais dû laisser ma carte et puis j’avais oublié de la reprendre en partant…
  • Oui, en effet, elle est encore ici.
  • Vous pouvez me l’envoyer ?
  • Ah non, parce qu’on doit récupérer le badge.
  • Mais il n’y a rien dessus. Seulement le numéro de l’infirmière et des pompiers. Vous voulez que je vous les dicte ?
  • Non, Monsieur, je dois récupérer le badge.
  • Mais alors je peux vous l’envoyer par la poste…
  • Non, Monsieur, je ne peux vous rendre votre carte d’identité que contre le badge, c’est la procédure.
  • Mais j’ai autre chose à faire que de passer chez vous, moi !
  • Et moi, Monsieur, j’ai autre chose à faire que de parler avec quelqu’un qui oublie sa carte d’identité…
  • Ah ça, c’est sympa ! C’est comme cela que vous traitez vos clients chez XYZ?
  • Monsieur, je n’ai rien à voir avec XYZ, moi ! Je suis un externe…

Bon, c’était mal barre. Un plouc, un véritable plouc. Ils feraient bien de briefer un peu mieux leurs collaborateurs, même externes, chez XYZ…

J’ai donc bien dû m’y rendre, contraint et forcé. En regrettant de n’avoir pas osé porté plainte contre XYZ pour vol de documents officiels. Et ainsi, hier, presque à la fin de la matinée, je sortais de chez eux, tout ému de retrouver ma carte d’identité après un mois de séparation. En retournant à l’administration, j’en profite pour passer à la Poste chercher un recommandé. De toute façon ma journée est foutue. Autant aller à la Poste donc. Parce que les trois choses que je déteste le plus au monde, je crois, sont : devoir aller à l’administration communale de Forest ; aller à la Poste ; souffrir des hémorroïdes. Bon, heureusement, de ce côté, ça fait longtemps que je n’ai plus rien. Mais la Poste, c’est une autre paire de manche. Or, surprise incroyable : personne ne fait la file. Ça, c’est du jamais vu. J’ai toujours cru qu’il y avait des gens qui étaient payés pour faire la file à la Poste. Hier : personne ! C’est la crise partout. Peut-être ont-ils viré leurs figurants des files. Magnifique. Mais devinez ce que le préposé me demande : de prendre un ticket !

Figurez-vous que j’ai obtempéré sans rien dire. Me revoilà vite, du coup, à mon administration préférée, face à ma guichetière communale préférée. Toujours personne. Mais cette fois-ci, un homme prévenu en vaut deux, je prends cinq tickets d’un coup, au cas où. Elle ne me remercie même pas. Je lui fourgue le tout. Et vous savez ce qu’elle me demande ? Mon adresse ! Histoire sans doute de vérifier que je ne triche pas. En plus de la ceinture et des bretelles, dorénavant je porterai également un parachute.

Ça m’a donc pris une demi-journée entière pour le tout. Quand donc pourrons-nous faire tout cela par le Web. Moi, je le dis officiellement ici : si le secrétaire d’Etat à la simplification administrative se décide à venir personnellement me présenter sa démission, eh bien je l’accepte ! Et au passage, je lui demande de bien vouloir signer ma pétition en faveur du rattachement du bout de ma rue à la commune de Saint-Gilles.
Il y a des jours comme ça où on préférerait profiter du soleil du fond de son lit.

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