Scene sado-maso avec la SNCB

Posté le 17 octobre 2008 dans Divers

Je l’avoue honteusement ici : j’entretiens une relation sado-maso avec la SNCB. Cela dure depuis des années. Et mon entourage l’ignore. Ma famille également. Ils savent bien sûr que je prends le train, mais à m’entendre, ils sont persuadés que j’y prends plaisir. Bon, j’assume ordinairement le rôle du maso, celui qui se fait maltraiter et qui paie très cher pour cela. Heureusement, je sais que je ne suis pas le seul. Il y a des milliers de personnes comme moi. D’ailleurs, on était à peu près 150 ce vendredi matin sur le quai 21 de la Gare du Midi. Pendant 40 minutes, en attendant un train qui n’est jamais arrivé.
Bien sûr, personne d’entre nous n’est vraiment fier de son penchant maso. On était donc tous là la tête penchée sur ce quai froid et oublié, évitant le regard complice de nos coreligionnaires. Fatalistes et résignés, on accepte notre sort. Peut-on guérir, docteur, de cette assuétude ferroviaire ?

Dans le rôle du sado, la SNCB. Ah elle est expérimentée en la matière, la garce ! Non seulement, elle supprime purement et simplement le train de 8h37 pour Charleroi, mais en plus elle n’en dit rien ! Les panneaux continuent à indiquer, de temps en temps, le train de 8h37, pour se métamorphoser par un “Niet instappent” des plus frustrants chaque fois qu’un convoi fait mine de s’approcher. Du grand art. Dans ses bottes de cuir vert kaki et son fouet de service public, la SNCB excelle. Elle parvient à mettre son personnel à contribution. Non seulement la voix qui annonce les arrivées tardives s’obstine magnifiquement à ignorer le quai 21. Mais aussi les quelques accompagnateurs de train qui se risquent sur ce quai répliquent avec une superbe étonnante que ça n’est pas leur problème. Pour un peu, ils pourraient rajouter “Mon chou”. Et quand un des leurs fait mine de s’en apitoyer et qu’il téléphone quelque part pour demander que l’on nous informe, ça reste du grand art, vu qu’aucune information ne nous parvient quand même.
Nous étions 150 sur le quai 21, honteux et confus, à payer le tarif plein pour un retard équivalent à 100% de la durée du trajet. Quarante minutes ! C’est ça, le masochisme. Mais en bon observateur des moeurs en vigueur, je crois avoir perçu un léger changement : si d’aventure le big boss de la SNCB venait à pointer son sourire sur le quai 21, j’ai comme qui dirait l’impression que c’est quasi l’unanimité de ces 150 clients qui pourrait prendre du plaisir à s’essayer dans le rôle du sadique.

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